Les bonnes et mauvaises pensées de Flaz

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mercredi 24 septembre 2008

Edvige 12 ?

À peine le gouvernement français a-t-il concocté une version édulcorée de son fichier politique Edvige qu'il va lui falloir revoir sa copie pour intégrer les dernières recommandations de Nicolaçarcozi. Les financiers ayant rejoint les responsables associatifs dans la cohorte des fauteurs de troubles potentiels ils trouvent naturellement leur place dans ce fichier. Comme le moindre soupçon de prémisse de début de commencement d'idée du chef de l'État est automatiquement interprété comme un ordre par sa cour, les courtisans devraient se livrer à une course en léchage de bottes pour savoir qui, le premier, aura l'idée d'un Edvige 3 incluant cette nouvelle catégorie de délinquants.

Les compétiteurs seraient bien inspirés d'y réfléchir à deux fois. Le risque est grand qu'un de leur rivaux ne fasse de la surenchère, si bien que les premier partis se trouveraient vite dépassés. En effet, en vertu du principe policier de "potentialité", ce sont non seulement les grands financiers qu'il faudrait ficher, mais les également les moyens, voir les petits. Il est bien connu que tout détenteur d'un livret A est, potentiellement, un requin de la finance. On ne peut pas prôner la réussite individuelle et promettre offrir à chacunE les meilleures chances de la réaliser sans envisager sérieusement que cela puisse se produire. Quelle meilleure preuve de servilité donner au patron de la droite que de proposer un Edvige 4 comprenant tous les actionnaires salariés, les détenteurs de part de la Caisse d'Epargne et autres titulaires de comptes rémunérés ? Encore serait-il risqué de se précipiter. Non pas que la mesure soit liberticide - c'est plutôt un atout dans le gouvernement actuel - mais comment être sûr de n'avoir pas oublié des personnes qu'un autre expert en servilité se chargerait d'inclure dans un Edvige 5 encore plus conforme aux fulgurances intellectuelles du chef.

Il faut, bien évident, ajouter les enfants auxquels les parents et grands-parents ouvrent des comptes-épargne. Laisser échapper cette graine de délinquant serait, par les temps qui courent, une véritable faute de gout. Mais ouvrir un compte bancaire à un nouveau né n'est pas le seul moyen de l'inscrire ipso-facto à un cours par correspondance de terrorisme financier. Si l'on veut éviter la surenchère, il faut penser à Edvige 6. Ces dernières années, les banques, les compagnies d'assurance et toute la législation fiscale sur le patrimoine ont multiplié les outils accroissant le risque de transmission entre générations des armes de destruction massive accumulées par les ainés. Certes une telle démarche pose un problème taille, non pas éthique mais technique : comment savoir qui ne mériterait pas de figurer dans ce fichier enfin complet ? À part les pauvres - ces mauvais joueurs du la République du Capital, on peut raisonnablement considérer que tous les êtres humains qui ont l'insigne honneur de fouler le sol de Notre Belle France sont des délinquants financiers en puissance. Et comme les pauvres et leur progéniture - ces éternels insatisfaits - sont par leur seule existence un trouble à l'ordre public - ne serait-ce que par la mauvaise image qu'ils donnent du pays, on s'étonne qu'ils aient été oubliés d'Edvige 1.

Mais pas de précipitation... Il risquerait de se trouver un zélateur pour proposer un Edvige 7 qui, en plus de n'oublier personne, serait économe des deniers de l'État bien malmenés par une politique fiscale et économique clientéliste. La chasse aux doublons réels ou imaginaires, au nom de l'efficacité de l'État, étant devenu un sport national dans la hiérarchie administrative, comment ne pas se rendre compte que ficher toute la population est redondant avec l'État civil et le fichage des étrangers. Pourquoi créer un nouveau fichier alors qu'il suffit de réunir les fichiers existants ?

C'est lorsque tous les problèmes techniques sont réglés que la vraie bête politique fait la différence. Ficher tout le monde, risque quand même de faire un peu liberticide... Les gouvernants savent à quel point la populace est ingrate ! Le fin du fin serait donc de désamorcer cette critique en présentant ce fichage comme une mesure de gauche spectaculaire, dans le style de l'hôte de l'Élysée. Fusionner l'état civil et les fichiers des étrangers dans un seul et même fichier voilà une vraie mesure de gauche à laquelle ni la gauche de gouvernement ni la gauche de la gauche n'avaient pensé.

Bien sûr, les jamais contents diront que faire figurer des informations telles que l'orientation sexuelle dans le fichier remplaçant l'état civil serait une catastrophe. Ben oui, en quoi l'orientation sexuelle nous constitue-t-elle en tant que résidantEs sur le sol français, que l'on soit citoyenNe en droit ou pas. J'appellerai ces bons esprits à un peu de cohérence en leur rappelant qu'ils ne sont pas chagrinés par le fait que l'état civil mentionne la donnée biométrique du sexe dont on voit mal en quoi il serait, en droit, constitutif de la qualité de citoyenNe. Mais ceci est une autre histoire...

vendredi 12 septembre 2008

Quand Radio Moscou et Radio Vatican se partagent une fréquence

Le CSA nous avait habituées aux radios associatives contraintes à se partager une même fréquence pour cause de pénurie de restes. Il est vrai que ne pas laisser toute la place nécessaire aux radios commerciales et étatiques pour nous faire entendre leur différence différentielle aurait été un crime de lèse diversité.

L'autre jour, j'ai bêtement allumé mon poste de TSF.... pardon mon tuner FM... et j'ai pensé : "ben mince, y s'est déréglé tout seul". En effet, on y annonçait avec insistance que les troupes russes allaient quitter la Géorgie. Puisque l'accord d'application de l'accord (du mois précédent) ne prévoit aucun retrait des provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkahsie, cette annonce faisait référence à la Géorgie telle que la conçoit la diplomatie russe. Il ne pouvait donc s'agir que de Radio Moscou. J'aurais pu me méfier lorsqu'une journaliste a relevé cette cocasserie politico-géographique. Mais cette insolente réserve ayant aussitôt été noyée sous le flux ininterrompu de l'annonce du "retrait de Géorgie", je n'y ai pas trop prêté attention.

Je sais bien, tout ça ce sont des détails. Imaginons un instant que l'Allemagne envahisse la France, qu'elle déclare l'indépendance de l'Alsace et de la Lorraine et qu'elle s'engage à replier ses troupes stationnées en Champagne et en Franche-Comté sur les nouveaux états indépendants, il faudrait vraiment aimer chercher des poux dans la tête pour ne pas appeler ça un retrait total.

J'aurais aussi du me méfier, parce que les journalistes se relayaient pour répéter que "tout ça, c'était grâce à Nicolaçarcozi", sans qui rien de bon n'arriverait sur cette Terre. Si j'avais été mieux réveillée, j'aurais pu me demander si j'écoutais Radio Moscou ou Radio Paris... pardon, la Voix de la Russie ou France Info.

Ce matin, rebelote, mon tuner s'est encore détuné. Le Pape par ci, le Pape par là, ce qu'il va nous dire, comment il va le dire, pourquoi il va le dire, où il va le dire, ce qu'il ne dira pas, ce qu'il dira peut-être, comment il va s'y rendre, comment il va entrer et se déplacer dans l'avion pour s'asseoir à son siège... Il ne manquait plus que la couleur du slip, mais ils l'ont peut-être dit après que j'aie éteint le poste. Je me suis dit que ça ne pouvait être que Radio Vatican, parce que franchement, consacrer autant de temps d'antenne à un même sujet, jusqu'aux détails les plus insignifiants ne pouvait pas venir d'ailleurs. J'aurais pu me méfier parce que cette logorrhée était entrecoupée de petites formules qui s'intercalaient comme des prières "invité par Nicolaçarcozi", "rencontrera Nicolaçarcozi", "mettez-ce-que-voulez Nicolaçarcozi"...

Pour en avoir le coeur net, j'ai testé mon tuner dans tous les sens et je dois me rendre à l'évidence, il fonctionne parfaitement. Il était tout bonnement réglé sur une radio du sairevissepublic, le machin qui ne voit le monde qu'a travers le micro-prisme de Nicolaçarcozi. Forcmément, par là, on ne voit pas grand chose. Ça limite les sujets, ce qui pousse à tartiner puisqu'il faut bien tenir l'antenne. Tout d'un coup, je me suis souvenue que les mêmes journalistes s'étaient émuEs, voici quelques mois d'une possible mainmise du pouvoir politique sur le service public de l'audiovisuel. Une mainmise ? Zatchiem* ?

(*) Pour quoi faire